Corse Matin PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 24 Juin 2009 09:14

Un livre sur le Raid dont la défense se servira

Il peut arriver qu'une affaire judiciaire rebondisse... en librairie. La sortie, il y a moins d'une semaine, d'un livre sur l'unité d'élite de la police nationale spécialisée dans la recherche, l'assistance, l'intervention et la dissuasion, n'a pas manqué ainsi de faire réagir les avocats d'Yvan Colonna.

Dans cet ouvrage écrit par le commissaire divisionnaire Amaury de Hauteclocque, actuel grand patron du Raid, un passage a effectivement retenu toute leur attention.

Et pour cause : l'un de ses prédécesseurs y fait des aveux que la défense du berger de Cargese compte bien utiliser devant la Cour européenne de justice pour étayer un peu plus son argumentation.

 

« Surveillés 24 h/24 pendant deux mois »

Quand Claude Erignac est abattu le 6 février 1998, le Raid est dirigé par Gérard Zerbi, originaire de Zonza. Et c'est lui qui, dans l'ouvrage en question, raconte à propos de cette affaire : « Un an après la mort du Préfet, nous avons reçu l'ordre de suivre les frères Colonna. Et je peux vous assurer qu'on ne les a pas lâchés d'une semelle, nous les avons surveillés tous les jours, H24, pendant deux mois. On les a mêmes filés jusqu'en Sardaigne où ils étaient allés vendre leurs fromages de chèvre. On savait tout sur eux, leurs contacts, leurs amis, leurs points de chute. En avril, on nous a dit d'arrêter... »

Des déclarations qui, pour Me Gilles Siméoni, l'un des défenseurs d'Yvan Colonna, constituent effectivement un élément très important. « Elles viennent effectivement réfuter les dires des hauts fonctionnaires de police venus affirmer à la barre qu'aucun soupçon ne pesait sur Yvan Colonna avant sa mise en cause « spontanée » par les membres du commando arrêté les 21 et 22 mai. Or, il se confirme à travers les propos du patron du Raid, que les frères Colonna faisaient au contraire l'objet d'une surveillance étroite depuis le mois de février. Procédure d'assistance à la police judiciaire dont on ne retrouve - c'est bien là le plus grave - aucune trace dans l'instruction... »

« Dissimulation de preuve à décharge »

Une dissimulation dont il est, pour Me Gilles Siméoni, aisé de comprendre la motivation.

« Le compte rendu de ces filatures aurait démontré sans ambiguïté possible qu'Yvan Colonna n'avait aucune activité suspecte alors même qu'à cette période de l'année 1999, le groupe du commando se réunissait encore fréquemment. S'ils n'ont pas été portés au dossier, c'est tout bonnement parce que les procès-verbaux de cette surveillance desservaient ceux qui, depuis longtemps, avaient choisi de privilégier la piste Colonna. Et voulaient s'y tenir coûte que coûte ! D'où leur acharnement à faire en sorte que cette preuve à décharge n'apparaisse nulle part dans le dossier... »

Sans préjuger de son succès en librairie, on peut donc déjà prédire au livre d'Amaury de Hauteclocq une lecture parcellaire devant la Cour européenne de justice. Il n'est pas certain que son auteur et celui qu'il fait parler dans ce chapitre consacré à l'affaire Erignac (son supérieur de l'époque Gérard Zerbi) l'aient imaginé.

 

Jean-paul Cappuri

 

Argumentaire de la défense d'Yvan Colonna.

 

Cet article est important pour plusieurs raisons : 

  1. Les magistrats et les policiers anti-terroristes qui se sont succédés à la barre ont déclaré, sous la foi du serment, que le RAID n’était pas intervenu avant mai 1999 sur Yvan. Cette déclaration de l’ancien patron du RAID contredit leurs dépositions, et il est difficile d’imaginer que tous ignoraient cette intervention de l’unité d’élite. On peut donc légitiment penser qu’ils ont – une fois encore – menti.
 
 
  1. ZERBI reconnaît dans le passage cité que des rapports ont été établis et transmis à l’autorité compétente. Il faut clarifier le cadre juridique dans lequel le RAID est intervenu. Si c’est en appui ou en collaboration avec un service (par exemple la DNAT) saisi d’une commission rogatoire, cette intervention doit nécessairement faire l’objet de procès-verbaux, qui doivent être impérativement versés en procédure. Or, il n’y en a aucun. Ceci est à rapprocher des écoutes téléphoniques qui, elles n’ont plus, n’ont pas été versées en procédure. Pourtant ces pièces (filatures RAID et écoutes) sont des éléments à décharge utiles à la manifestation de la vérité, puisque le fait que ni les unes ni les autres (malgré l’intensité et la durée des surveillances) n’aient mis en exergue des éléments suspects corrobore la thèse de l’innocence. Il faut rappeler que nous avons déposé une plainte contre THIEL, LE VERT et tous autres pour dissimulation ou destruction de preuves, et que le Parquet de Paris doit, dans un délai de 6 mois, indiquer les suites qu’il entend réserver à cette plainte. L’élément nouveau des filatures du RAID est susceptible d’abonder cette plainte.
 
 
  1. Enfin, et peut être le plus important, le fait que le RAID ait filé 24 h sur 24, et pendant plusieurs semaines, les frères COLONNA, avant mai 1999 (date de l’interpellation des membres du commando), est en contradiction totale avec la thèse officielle selon laquelle c’est au cours des GAV commencées le 21 mai 1999 que le nom d’Yvan COLONNA est apparu pour les policiers, comme une sorte de « divine surprise ». Cette thèse est soutenue avec force par les magistrats et les policiers de la DNAT, qui y voient la démonstration du caractère spontané, donc exact, de la mise en cause de COLONNA : « nous n’avions aucun a priori contre Yvan COLONNA, nous ne sommes d’ailleurs pas allé l’interpeller le 21 mai au matin, ce sont ses amis qui l’ont dénoncé spontanément, alors que nous n’avions aucune raison de le soupçonner, etc… ». Thèse reprise et développée par les policiers à la barre en appel : Yvan COLONNA, à l’époque, était un parfait inconnu, un militant lambda, etc…Or, on apprend aujourd’hui que, bien avant mai 1999, les deux frères COLONNA ont fait l’objet d’une surveillance totale, qui n’a rien à voir avec de simples investigations ou surveillance de routine. Ceci confirme les déclaration d’un haut responsable des RG, au procès d’appel, qui a indiqué que dès janvier 1999, certains services avaient la conviction que COLONNA était l’assassin. Tout cela démontre que le nom de COLONNA comme l’ « assassin » était dans les tuyaux bien avant mai 1999 (par quelle manipulation ? impossible à savoir pour l’instant) et que son nom a été introduit en garde à vue par les policiers, comme cela a d’ailleurs été démontré au procès.