Iceberg Politico-Judiciaire

Le procès en appel s´annonçait comme prévu : plombé par la raison d´état, dans la continuité de ce qu´Yvan Colonna connaît depuis un fameux mois de mai 99 :

-le « hasard » d´un calendrier fixant l´ouverture des débats à quelques jours de la commémoration de l´assassinat du préfet,

-une cour d´assises hermétique, sous la présidence d´un président Wacogne peu disposé à accéder aux demandes de la défense (la reconstitution),

-une partie civile surjouant le registre de l´émotion qui exhorte Yvan Colonna à « avouer »… voilà pour l´ambiance générale…

Yvan Colonna fixe lui-même les limites de l´exercice judiciaire en cours : l´actuel président de la république, ministre de l´intérieur au moment de son arrestation est aux bancs de la partie civile. L´affaire, qui se situe au cœur de l´état, ne lui a jamais permis de pouvoir se défendre à armes égales, la partie est jouée d´avance…

La défense renforcée par la présence de Me Patrick Maisonneuve, remet en débat ce qui déjà en première instance, posait question.

En premier lieu, les errances et défaillances de l´enquête avec un nouvel élément : la présence d´une voiture « suspecte » aux alentours du périmètre de l´assassinat (une 205 blanche avec 2 individus à bord qui démarre en trombe au moment des faits puis est revue par d´autres témoins quelques minutes plus tard aux environs de l´aéroport d´Ajaccio) qui s´avèrera être un véhicule à l´immatriculation maquillée, piste non exploitée. 

Puis l´absence de confrontation technique et d´examen conjoint de la scène de crime entre balisticien et légiste (l´un participe à la reconstitution de 99, l´autre pas, et depuis, seul le légiste témoigne devant le cour d´assises…) La défense produit donc une expertise , réalisée par un spécialiste en balistique et par ailleurs chercheur génial, découvreur d´un traitement anti VIH…le témoin est malmené par la partie civile et le ministère public, mais ses conclusions sont sans appel : au regard de la configuration des lieux (rue en pente avec trois marches) de la stature de la victime (entre 1M81 et 1M83) du déroulement de la scène ( la victime tente de fuir après deux tirs manqués et se courbe)de la trajectoire des balles (impact perpendiculaire) le tireur ne peut être qu´une personne d´au moins 1M8O. Ce qui confirme l´analyse du légiste…la reconstitution devient inévitable…

Enfin, vendredi soir, coup de théâtre, un témoin de la partie civile, ancien collaborateur du préfet Erignac, révèle à la barre l´existence d´informations recueillies auprès d´un informateur anonyme, transmises depuis 2002 aux plus hautes instances judiciaires ou policières (Yves Bot, procureur général, Christian Lambert, à l´époque patron du RAID ) et plus récemment, au fils de la victime, Charles Antoine Erignac, à l´actuel procureur général, Laurent Lemesle, tout comme au président de la cour d´assise spécialement composée, Didier Wacogne.

Yvan Colonna a toujours affirmé qu´il n´avait participé ni à l´attaque de la gendarmerie de Pietrosella ni à l´assassinat du préfet Erignac.

Les mises en cause obtenues sous la contrainte, lors des garde à vue des membres du commando condamnés en 2003, validaient un scénario policier préétabli, basé sur l´équation 6+1=7, et incluant Yvan Colonna.

A la lumière des dernières démonstrations de la défense et des révélations survenues vendredi à l´audience, tout fait enfin sens : 

-il existe probablement d´autres personnes, membres du groupe des anonymes à ce jour non identifiés, 

-les enquêteurs, pressés par leur hiérarchie dans le contexte particulièrement troublé de la « période Bonnet », ont figé un scénario sans précautions élémentaires ni vérifications complémentaires,

-Yvan Colonna a été utilisé comme un leurre, accusé et condamné sans preuves, son cas exploité au plus haut de l´état pour des raisons politiciennes, 

A l´heure où sont écrites ces lignes, des questions se posent :

-quelle crédibilité peut encore avoir une justice qui persiste à sacrifier le destin d´un homme sur l´autel de la raison d´état ?

-cette même justice pourra-t-elle reconnaître un jour qu´elle s´est trompée et libérer Yvan Colonna ?

Yvan Colonna est lui en droit de se demander si, vendredi dernier, ce n´est pas la partie visible de l´iceberg politico judiciaire qui a été révélée, laissant pour le moment engloutie une vérité à présent indiscutable, celle de son innocence… 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *