« Malastoria », documentaire sur les prisonniers politiques corses

« Il n’y a pas de prisonniers politiques« , assurait le Premier ministre Manuel Valls en décembre dernier, excluant ainsi toute amnistie.
S’il n’y a pas de prisonniers politiques, alors pourquoi Yvan Colonna est-il toujours sous le statut de Détenu Particulièrement Signalé, l’empêchant notamment de bénéficier d’un rapprochement familial ?
La question des prisonniers politiques corses est posée dans le documentaire « Malastoria » de Jackie Poggioli, diffusé le vendredi 3 juin 2016 sur France 3 Corse ViaStella.
Le cas d’Yvan Colonna y est mentionné à partir de la 54ème minute. L’avocat maître Sylvain Cormier, fondateur d’Innocence Project France, explique pourquoi s’être saisi du dossier.

Selon l’Associu Sulidarità, il y aurait à ce jour vingt prisonniers politiques corses.

Voir le documentaire « Malastoria » : ici.

12 commentaires sur “« Malastoria », documentaire sur les prisonniers politiques corses

  1. J’ai appris beaucoup. Dommage que les commentaires étaient en corse car je suis française et je comprends mal le corse

    1. Traduction (quasi-) intégrale du commentaire de Jackie Poggioli.

      L’horizon devenu familier depuis le début du Nationalisme, c’est la prison et le labyrinthe judiciaire. En 40 ans, de nombreux militants ont été incarcérés ou inquiétés pour des affaires en lien avec la violence politique.
      Sous F.Mitterrand, il y a eu trois amnisties : en 81, 82 et 89 ; les deux dernières incluaient les crimes de sang. Sous J.Chirac, la procédure de libération collective est plus informelle ; en 98, en contrepartie : trêve des attentats.
      Au début des années 2000, le processus de Matignon a laissé de côté la question des prisonniers et des recherchés, dans une époque dominée par l’assassinat du préfet Erignac. La seule tentative en faveur des prisonniers a été la possibilité d’un rapprochement à Borgu.
      Sous N.Sarkozy, ni amnistie ni libération politique. De même sous F.Hollande.
      En mai 2012, des rencontres ont lieu entre la Ministre de la Justice, les élus et les associations humanitaires à propos des prisonniers nationalistes.
      (- Témoignage de JM. Poli )

      De nouvelles rencontres ont eu lieu en 2014 après la déclaration du FLNC mettant fin à la lutte armée. La revendication d’amnistie s’est alors répandue au-delà du mouvement nationaliste. En mai 2015, la quasi-totalité des élus de l’Assemblée Territoriale vote une motion à ce sujet. En décembre 2015, suite à l’élection des Nationalistes à l’Assemblée, la question des prisonniers politiques devient primordiale. JG.Talamoni déclare : “Demain nous voterons l’amnistie pour les prisonniers et les recherchés parce que les Corses la veulent et personne ne pourra s’opposer à cette volonté populaire.“ Inutile de préciser que le Gouvernement n’entend pas accéder à cette demande.
      (- Témoignage de M.Valls )

      Au premier rang (de cette revendication), la LDH.
      (-Témoignage d’A.Paccou )

      Le statut de prisonnier politique n’existe pas en France au regard de la loi. Encore aujourd’hui, des Nationalistes sont arrêtés et subissent un régime plus dur que les droits communs. Quand j’ai fait ce film, une vingtaine de militants était incarcérée ou inquiétée ; j’ai enquêté sur sept d’entre eux. Parmi eux, quelques prisonniers, un recherché mais aussi une militante et un en conditionnelle. Sept parcours qui reflètent les rapports entre la Corse et l’État.
      (-Extrait du JT du 17.04.96 )

      Sur ces quelques photos, Carlu Santoni parait jeune. Il est arrêté en 96 et fiché au FLNC Canal Historique. En 99, il est condamné à 28 ans de détention. Ont été retenus trois chefs d’accusation : homicide volontaire, tentative d’homicide et transport d’armes. Dans l’Histoire du Nationalisme, c’est celui qui a effectué la peine la plus longue. Il a déjà passé vingt ans derrière les murs alors que la peine incompressible est de dix-huit ans.
      (-Témoignage de P.Poggioli )

      La vie de Maria Santoni, est rythmée par les vingt ans d’incarcération de son fils. En 2011, il a été rapproché à Borgu. Jusque là, il était sur le Continent. “ Ma vie a basculé. Depuis vingt ans, j’ai fait toutes les prisons de France ou presque. C’est très fatiguant et puis le train, l’avion…Il pourrait être en conditionnelle depuis cinq ans mais il ne l’a pas demandée sachant qu’elle ne lui serait pas accordée.“ déclare-t-elle.
      Sur la quarantaine de Corses à Borgu, seul un quart est militant. Pour rentrer en Corse, il faut aux prisonniers la révision de leur statut, notamment pour les DPS.
      Serena Bartoli, une militante est une des rares femmes poursuivie pour des faits liés au Nationalisme, suite à une manifestation à Corti en janvier 2014, pour violence envers la force publique. Depuis sa garde à vue, un autre chef d’inculpation a été ajouté.
      (-Témoignage de S.Bartoli et de son avocate )

      La Ghjuventù Indipendentista est liée à Corsica Libera, deux de ses membres sont élus à l’Assemblée Territoriale. La G.I. est enracinée dans le mouvement syndical et à l’Université. C’est l’organisation la plus active sur la scène politique.
      Si S.Bartoli est la plus jeune des Nationalistes poursuivis par la Justice, Petru Paoli, 63 ans, est l’ainé des prisonniers.
      (-Témoignage de JM.Poli )

      Il est incarcéré à la prison de Nanterre en région parisienne. Ce lieu est dénoncé pour son insalubrité et une surpopulation pratiquement au double de la norme. Elle ne détient pas d’autre Nationaliste que P.Paoli.
      (-Témoignages de MP.Vincenti, sœur de P.Paoli et de JM.Poli )

      Plusieurs soirées de soutien ont été organisées en faveur de P.Paoli. La plus mémorable est celle du Boxing Club d’Aiacciu qu’il a fondé ; et son affaire a été évoquée de nombreuses fois au-delà même de la sphère nationaliste.
      (-Témoignages de MP.Vincenti et JM.Poli )

      Comme P.Paoli, un autre responsable de Corsica Libera, JP.Cesari, 62 ans, a été incarcéré en juillet 2014 mais libéré en conditionnelle en septembre 2015. Depuis, il est assigné à résidence à Paris.
      Dans la même situation, Felice Benedetti, 45 ans, a été arrêté à Bastia sous les yeux des caméras le 6 mars 2013.
      (-Extrait du JT de FR3 )

      Avant sa conditionnelle du 1er septembre 2015, il était incarcéré à Fresnes. C’est là qu’est rassemblée la plus grande partie des islamistes radicaux.
      (-Témoignage de F.Benedetti )

      IF.Benedetti a choisi de ne pas être pris en charge par Sulidarità, étant lié au Rinovu et à l’Aiutu Paisanu comme Fabrice Pancrazi.
      (-Témoignages de F.Benedetti et Katty Bartoli )

      Au meeting de Corsica Libera, après les élections de 2015, ont été cités les noms de tous les militants recherchés pour la première fois. Parmi eux, Ghjuseppu Verdi, un des fondateurs de la G.I., est recherché depuis mai 2013. L’enquête concerne l’affaire de l’action contre la sous-préfecture de Corti d’avril 2012 et fait suite à l’arrestation de Tomasini, aujourd’hui en conditionnelle et de N.Battini. G.Verdi est lauréat du prix Fazzi de 2012 décerné aux bacheliers ayant obtenu les meilleures notes. Il est le beau-fils de Carlu Pieri. Sa mère, Elodie Pieri, est sous contrôle judiciaire pour les mêmes raisons que S.Bartoli.

      (-Témoignage de JM.Poli ) “ Quand quelqu’un a pris le maquis, l’affaire est compliquée. Il y a la souffrance familiale, une inquiétude permanente et tout cela perturbe la vie de toute la famille, mère, sœur et grand-mère.“

      C’est à la suite d’Aleria que sont apparus les premiers machjaghjoli (ceux qui prennent le maquis). A la fin des années soixante-dix plusieurs militants avaient pris le maquis.
      (-Témoignage de P.Poggioli )

      Depuis quarante ans, de nombreux militants ont pris le maquis ; deux y sont morts.
      Fin 1975, Ghjuvan’Bernardu Acquaviva est décédé d’une maladie aggravée par sa condition de recherché.
      Le 15 novembre 1987, Ghjan’Battista Acquaviva est assassiné.
      Quand G.Verdi a pris le maquis, il n’avait pas vingt ans ; c’est le plus jeune machjaghjolu de notre époque.
      Très loin du maquis insulaire, au nord-est de Paris, la prison de Poissy. Y sont incarcérées les longues peines dont Petru Alessandri, 58 ans. Avec Alain Ferrandi, il a été condamné a perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac en février 98. Depuis le début du mouvement nationaliste, l’affaire Erignac est la seule qui a débouché sur des perpétuités.
      Après la présentation d’Yvan Colonna, alors au maquis, comme l’assassin du préfet, P.Alessandri a dit qu’il en était le coupable. Sa confession tardive n’a pas rétabli l’amitié entre les deux hommes pas plus qu’elle n’a permis à Y.Colonna de s’affranchir d’une condamnation à perpétuité.
      P.Alessandri est de Carghjese, comme Y.Colonna. Michelle, la femme de P.Alessandri vit là entre deux parloirs. D’origine continentale, c’est la seule épouse de prisonnier corse qui accompagne depuis le début une aussi longue incarcération.
      (-Témoignage de M.Alessandri )

      M.Alessandri laisse de côté les difficultés financières qu’elle a depuis dix-sept ans. Quand son mari a été arrêté, elle avait deux enfants à charge et une exploitation d’huiles essentielles. Aujourd’hui, elle ne veut pas parler de ses ennuis. Son seul souci, c’est la vie pénible de son mari en prison. Et ce qu’attendent P.Alessandri et A.Ferrandi, c’est leur rapprochement à Borgu.
      (-Témoignages de M.Alessandri et de Me Barbolosi )

      C’est en septembre 2015, que Michelle et Petru Alessandri ont perdu leur fils. Antò est mort d’un infarctus ; il avait 31 ans et 15 lors de l’arrestation de son père. P.Alessandri n’a pas été autorisé à assister à son enterrement. Accompagné du RAID, il n’a pu que s’approcher que quelques jours plus tard de la propriété familiale où Antò dort pour l’éternité.
      Non loin de chez M.Alessandri, vivent les parents d’Y.Colonna dans une maison entre mer et maquis. C’est le centre névralgique de la campagne de mobilisation autour du prisonnier corse le plus connu.
      (-Témoignage de Jean Hugues Colonna )

      Présenté comme l’ennemi public n°1 depuis sa prise de maquis, Y.Colonna est aujourd’hui le prisonnier le plus soutenu de France. Près de 90 000 personnes ont signé sa pétition de soutien ; 90 comités de soutien se sont créés dans la France entière. Une solidarité qui l’aide au long de son incarcération de treize ans déjà.
      (-Témoignages de JH.Colonna et de Me Eric Barbolosi )

      Le parcours de l’ancien machjaghjolu recherché dans le monde entier a passionné jusqu’à l’association Innocence Project. La finalité de cette association fondée en 92 est la défense des victimes d’erreurs judiciaires et c’est son fondateur lui-même qui a pris en charge le dossier d’Y.Colonna.
      (-Témoignages de S.Cormier, de JH.Colonna et de A.Gouiran )

      Si elle ne débouche pas sur une libération, la procédure engagée par Y.Colonna par l’intermédiaire de la CEDH pourrait permettre en 2021 que sa peine soit légalement aménagée. Arrêté en 2003, il aura fait dix-huit ans. Pour l’instant c’est son rapprochement à Borgu que veut obtenir son avocat. Quant à l’amnistie, Y.Colonna la refuse.
      (-Témoignage de Cécile Colonna et de Me Barbolosi )

      Y.Colonna, comme deux autres condamnés dans l’affaire Erignac serait l’obstacle à la promulgation d’une amnistie. La raison : l’identité de la victime, un haut représentant de l’Etat.
      Loin de la Corse, Maxime Brunerie, militant néo-nazi qui en 2002 a tenté d’assassiner J.Chirac alors Président de la République, a pris sept ans.
      Au cours de la 5ème République, il y a eu des amnisties pour des auteurs de crimes de sang contre des représentants de l’État.
      (-Témoignage de P.Poggioli )

      Avant une éventuelle amnistie, la loi permettrait une conditionnelle pour la majorité des militants emprisonnés ; sous surveillance électronique ou sous un régime de semi-liberté. La solidarité envers leurs compagnons de deux prisonniers corses a amené Garcia Tomasi et N.Battini à refuser une libération individuelle. “ Nous ne sommes ni criminels ni terroristes.“ ont-ils déclaré.
      En janvier 2016, la rencontre des Présidents de l’Assemblée Territoriale avec le Premier Ministre n’a débouché sur rien en ce qui concerne les prisonniers. Peu de chance que le gouvernement change d’avis dans le contexte sécuritaire installé après les attaques terroristes de novembre 2015.
      Il est impensable de comparer les fanatiques islamistes et le FLNC qui a mis fin à la lutte armée, mais en attendant, les juges ne sont pas de cet avis.
      (-Témoignages de Santa Lucchini et de Me Barbolosi )

      En févier 2016, la mobilisation pour l’amnistie, y compris celle des perpétuités, a été définie comme la priorité absolue.
      (Déclaration de Gilles Simeoni : “ Nous qui sommes ici, sommes persuadés que l’amnistie est un point fondamental et qu’il faut le régler le plus tôt possible. C’est bien sûr une question humanitaire mais c’est par dessus tout une question politique.“ )
      Elle parait cependant peu probable l’amnistie, pour le moment. Les enquêtes continuent même pour des affaires antérieures à l’arrêt de la lutte armée du FLNC. A la fin de 2015, par exemple, deux personnes ont été incarcérées pour un attentat de 2013.
      En même temps, le non-lieu a été prononcé en faveur de ceux qui ont été inquiétés dans le cadre de l’enquête dite de la piste agricole qui a duré dix-huit ans sans aucun résultat. Le Parquet l’a officiellement disjointe de l’affaire Erignac.
      Rapprochement et conditionnelle ont pris d’assaut l’actualité insulaire. L’agitation gronde et enfle autour de ce sujet. L’opposition de l’État à un règlement suite à l’arrêt de la clandestinité fait réagir les militants et tout particulièrement la jeunesse. Pour la génération post-FLNC, les prisonniers et les recherchés sont au cœur de la protestation. Le rejet aux calendes d’une solution politique ranime les braises et suscite la révolte au sein de divers mouvements. Si l’amnistie n’est pas accordée, une nouvelle forme de violence pourrait enflammer la Corse.

  2. Documentaire pleins de pudeur et de grande qualité dans son contenu.Beaucoup trop d’injustice qui ne font que renforcé mon engagement et mon soutien au peuple Corse!
    Soutien à Yvan et à bientôt j’en suis convaincu.

    1. Bonjour, il y a en fait une version française du documentaire. Elle passe à 15h30 aujourd’hui puis en alternance avec la version corse lors des multidiffusions sur ViaStella.

      1. Bonjour, j’étais en vacances en Corse et fait très rare il pleuvait j’ai donc pris en cours cette version su Via Stella dans l’après-midi. Pouvez-vous me dire s’il existe un lien qui permette de visualiser cette émission ?
        Merci d’avance.
        Cordialement.

      2. Bonjour Jacky,
        C’est Eric Taryné. C’est moi qui ai fait le son de ce film que j’adorais pouvoir regarder. Quelle est sa durée ? J’ai compris qu’il existait une version française, où peut-on la voir ? Il existe peut-être un DVD…
        Bien à toi. Je te laisse mon 06 si besoin: 06 84 75 43 24

  3. Un grand merci à Niellu Leca, je ne comprend malheureusement pas le Corse est la traduction ma bien aidée pour tous comprendre. Merci à Mr Poggioli pour l’info ,je vais essayé de revoir en version française le documentaire.
    Soutien à Yvan et encore MERCI.

  4. Il y a donc des prisonniers politiques en France. Bien dommage de l’apprendre. Parmi ceux-ci il y en a qui ont fait exploser des bâtiments pour la plupart, et d’autres qui ont tué -volontairement ou pas c’est important de le dire – et d’autres qui clament leur innocence dont Yvan Colonna. Je pense qu’il ne faut pas confondre et proportionner l’amnistie dont Yvon ne veut pas

  5. Remarquable travail de Jackie POGGIOLI avec ce magnifique film qui nous alerte à la fois, sur les injustices et le sentiment que répétées, ces injustices soulèveraient l’indignation. Alors il faut continuer à souhaiter que le regard porté sur notre île apaisée engage nos dirigeants à entrer, enfin, dans le dialogue, la réconciliation, le respect.

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