Orne. Le peintre Jean-Marie Gobin ou l’art de peindre sans plaire

Le pays d’Alençon (Orne) abrite un peintre hors normes : Jean-Marie Gobin. Un artiste, une personnalité.

Publié le 28 Jan 20 à 17:32

Jean-Marie Gobin et  Yvan Colonna, dans l'ombre de Dreyfus ». Le peintre fait partie des personnes signataires d'un manifeste « Yvan Colonna, chronique d'une erreur judiciaire commanditée », comme les chanteurs Jacques Dutronc, Patrick Fiori et Michel Fugain, l'ancien footballeur Pascal Olmeta, l'évêque Jacques Gaillot, etc. D'origine flamande, Gobin est né en 1933 à Paris (il a eu 87 ans le 17 janvier) où il a vécu avant de s'installer en Bretagne, à Joué-du-Bois dans l'Orne, puis en Corse. En 1996, il est revenu dans l'Orne.

Jean-Marie Gobin et  Yvan Colonna, dans l’ombre de Dreyfus ». Le peintre fait partie des personnes signataires d’un manifeste « Yvan Colonna, chronique d’une erreur judiciaire commanditée », comme les chanteurs Jacques Dutronc, Patrick Fiori et Michel Fugain, l’ancien footballeur Pascal Olmeta, l’évêque Jacques Gaillot, etc. D’origine flamande, Gobin est né en 1933 à Paris (il a eu 87 ans le 17 janvier) où il a vécu avant de s’installer en Bretagne, à Joué-du-Bois dans l’Orne, puis en Corse. En 1996, il est revenu dans l’Orne. (©l’Orne hebdo)

Il ne faut pas compter sur Jean-Marie Gobin pour transiger avec sa conscience.

À l’heure où les contorsions et génuflexions sont légion, à l’heure où la tentation de l’argent est monnaie courante, l’artiste peintre installé dans l’Orne, à deux pas d’Alençon, est un modèle de rectitude.

Ne pas confondre

D’abord, ça l’agace de lire, dans le journal l’Orne hebdo entre autres, les termes « artiste peintre » pour désigner des amateurs : « l’artiste peintre professionnel est celui qui consacre la totalité de son temps à l’exercice de son art, sans exercer un métier annexe ».

Selon lui, l’artiste peintre n’ouvre pas son atelier (hormis aux journalistes et photographes) et ne donne pas de cours de dessin ou de peinture.

Car « on peint par vocation comme le prêtre entre en religion. Le plus rapidement possible et jusqu’à son dernier souffle, décidé à en vivre ou à en mourir ». Exemples avec Van Gogh, Modigliani, Rembrandt sur la fin de sa vie.

Il ajoute : « Les artistes peintres ne sont pas à confondre avec les décorateurs, designers, adeptes du street-art, publicistes, artistes dits contemporains ».

Combat

Puis embraye : « la peinture est un combat entre le peintre et sa toile ».

Au cours de ce combat, « des épaisseurs apparaissent, pour parfois être raclées, pour réapparaître ailleurs. Ces épaisseurs sont le résultat de batailles. Il y en a que l’on gagne, d’autres que l’on perd ».

Dans les deux cas, « sans le faire exprès ».

Respect du public

Pour Jean-Marie Gobin, l’artiste peintre, « par respect du public », n’expose pas n’importe où et il convient de respecter certaines normes, notamment côté lumière : « celle du jour ne doit jamais dépasser 10 % de l’éclairage total ».

Bouquet de fleurs (2005)

Bouquet de fleurs (2005) (©l’Orne hebdo)
L’homme a étudié à l’École nationale des Arts appliqués à Paris.
À la sortie, la galerie Finlay à New York (Etats-Unis) lui a offert un pont d’or : « j’ai tout de suite compris que j’allais me mettre à faire n’importe quoi et donc devenir une machine à peindre. J’ai refusé ».

Tromperies

Et l’art contemporain ?

Jean-Marie Gobin sort la sulfateuse : « cette fumisterie relève davantage de l’hôpital psychiatrique que de la Culture ».

Il a « toujours existé » et il est « la cause de la misère de très grands peintres restés dans l’Histoire ».

Alors que « l’Histoire n’a retenu aucun des protagonistes qui prétendaient tout révolutionner ».

Autre chose « insupportable » aux yeux de Jean-Marie Gobin : « on trompe le public qui n’a aucune connaissance particulière mais qui cherche à voir, à apprendre, à connaître, à se cultiver, et on lui fait prendre des vessies pour des lanternes ».

Mais « je n’ai rien contre les peintres amateurs si peindre leur apporte du bonheur ».

Calvaire breton

Calvaire breton (©l’Orne hebdo)

Gobin « n’a jamais peint pour de l’argent » en s’arrêtant sur tel ou tel sujet qui se vend mieux.

Il se souvient avoir produit « 30 gouaches exposées à la galerie Saint-Placide à Paris, vendues en moins de huit jours. La plupart des artistes auraient dit « Je vais en refaire tout de suite puisque ça se vend si bien ». Eh bien non, je n’en ai plus jamais refait ».

Pourquoi il peint

Décalé, Gobin ?

« Le XXIe siècle est un siècle de malades mentaux qui n’ont plus de l’être humain que la forme mais qui se conduisent comme des robots, ne réfléchissent plus, n’ont plus d’idéal, de moralité, ne savent plus ce qu’est aimer ».

Et « qui ne voient plus ce qui nous reste encore pour peu de temps : la beauté de notre planète, le ciel, les arbres, les plaines, les montagnes, la mer en surface et en profondeur ».

Et c’est peut-être pour cela que notre Ornais d’adoption peint.

L’art et la peinture

L’homme ne mâche pas ses mots. 

Extraits :

– « L’art en général et la peinture en particulier ne s’expliquent pas. Il n’y a rien à comprendre. On aime ou on n’aime pas. Tout le reste n’est que littérature ».

– « Art est un mot qui ne veut plus rien dire. Il existe les arts ménagers, les arts de la table… Je ne fais pas de l’art, je peins ».

– « On ne peut pas être artiste et commerçant ».

– « La misère est indispensable pour un artiste. Ça donne une personnalité. Un artiste ne peut naître dans la facilité ».

La misère

– « La misère… Par rapport à ce qu’on a connu, la Bohème d’Aznavour est encore trop belle. Avec ma femme, on a décidé ensemble de vivre de la peinture ou d’en mourir ».

– « On peint par besoin physique, organique, viscéral. Faire un autre métier, ce serait arrêter de respirer ».

– « Si on dit tout ce qu’on pense, forcément on choque ».

– « Ma vie n’est pas un long fleuve tranquille mais une suite de chutes en cascades et de remontées à contre-courant ».

– « Si avoir le courage de dire ce que l’on pense, sans jamais chercher à plaire, c’est être totalitaire, alors merci pour cet extraordinaire compliment inespéré ».

– « Je peins parce que je suis un con, bêtement heureux de vivre, qui s’émerveille chaque jour de la beauté de cette nature qui se renouvelle sans cesse ».

– « Quand je vois certains de nos magnifiques villages dont maintenant n’émerge plus que le haut du clocher, étouffé, ceinturé, masqué par une muraille de pavillons à plat, j’ai envie de partir, de quitter cette vie, parce que je n’aurai plus de raison de peindre ».

– « Quand on a une vraie personnalité, on n’a pas besoin de se faire remarquer, cela se voit tout seul ».

En homme

– « Plus que les honneurs, la gloire factice, les compliments d’individus en fac-similé façonnés par une société dont la morale, les ennuis, les soucis et la trop bonne chère ont anesthésié l’intelligence et la sensibilité, j’ai préféré vivre en homme, simplement, près des êtres et des choses éternelles et quotidiennes dont les yeux ne se lassent jamais ».

– « Que les journalistes gardent le plus longtemps possible leur indépendance et leur liberté, même s’ils disent du mal de moi ».


1 commentaire sur “Orne. Le peintre Jean-Marie Gobin ou l’art de peindre sans plaire

  1. Excellent article et quel plaisir de retrouver les oeuvres de monsieur GOBIN, artiste de grande qualité dont la rigueur et l’indépendance signent tout son parcours. Bravo à vous pour cette publication. Merci à lui pour son soutien sans failles, à Yvan.

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