France Info. Entretien avec le chercheur Thierry Dominici

ENTRETIEN. Mort d’Yvan Colonna : « Il est le dernier résistant du nationalisme » dans l’esprit des jeunes Corses

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Pour le chercheur Thierry Dominici, la mort du militant nationaliste, lundi, agit comme un « catalyseur » auprès des jeunes, qui espèrent « être de nouveau présents médiatiquement et obtenir l’indépendance ».

« Sa mort est une injustice et une tragédie, qui vont marquer l’histoire contemporaine de la Corse et de son peuple »Les mots de Gilles Simeoni, le président du Conseil exécutif de l’île, traduisent la grande émotion qui règne chez les insulaires après le décès d’Yvan Colonna, lundi 21 mars, près de trois semaines après son agression, à la prison d’Arles, par un codétenu radicalisé condamné pour terrorisme

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Depuis, les hommages se multiplient et transcendent les clivages politiques et partisans, preuve de l’importance de cette figure indépendantiste pour la société corse. Cette « indignation partagée brasse plus large que les seuls nationalistes », souligne le politologue Thierry Dominici, enseignant en sciences politiques à l’université de Bordeaux, spécialiste des nationalismes sur l’île. Il explique à franceinfo comment ce militant, qui a toujours clamé son innocence dans l’assassinat du préfet Erignac, est devenu « l’incarnation de toute l’injustice faite à la Corse ».

franceinfo : Que représente Yvan Colonna dans l’imaginaire populaire ? Pourquoi est-il une figure si importante pour les Corses ?

Thierry Dominici : Depuis sa cavale, en passant par son arrestation et son procès, Yvan Colonna incarne l’image tutélaire du nationaliste de résistance : il est celui qui a défié « l’Etat colonial ». Ses quatre années de cavale sont notamment restées un symbole fort, qui ont alimenté le mythe du bandit social. Il a été poursuivi par toutes les polices du monde, des hélicoptères survolaient tous les jours la forêt de Cargèse, son fief familial. A mesure qu’il résistait, il obtenait de plus en plus de soutien populaire.

Pourtant, après l’assassinat du préfet Erignac, il y a eu une réprobation générale sur l’île, avec une manifestation réunissant 30 000 personnes, soit plus de 10% de la population corse. Le FLNC avait d’ailleurs condamné l’assassinat du préfet tout en défendant ceux qui l’avaient perpétré, assurant qu’ils avaient subi un embrigadement à cause de négociations stériles avec le gouvernement. En bref, cet assassinat, c’était la faute de l’Etat.

Si son agression suscite une si vive émotion chez les Corses, c’est qu’ils y voient une grande injustice. Ils estiment que sa mort aurait pu être évitée en levant son statut de DPS [détenu particulièrement signalé] : il aurait alors été rapproché de la prison de Borgo [en Haute-Corse] et n’aurait pas subi les violences d’un jihadiste. 

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