Assassinat du préfet Erignac. L’ex-patron de l’antiterrorisme a-t-il fabriqué de fausses preuves ?

Roger Marion a été placé par un juge d’instruction parisien sous le statut de témoin assisté dans le cadre des accusations de dénonciations calomnieuses portées par les nationalistes corses, apprend-on mercredi. Ils l’accusent d’avoir placé des explosifs sur leur domaine agricole pour les mettre en examen.

Accusé par des nationalistes corses d’avoir fabriqué de fausses preuves pour les impliquer dans l’enquête sur l’assassinat du préfet Erignac, l’ex-patron de l’antiterrorisme Roger Marion est désormais soupçonné par la justice de « dénonciation calomnieuse », a-t-on appris mercredi auprès de l’avocat des plaignants.

L’ancien policier de 71 ans est visé depuis 2014 par une plainte de Serge Serpentini et Mathieu Filidori, gérants du domaine de Pinia, en Corse du Sud, où des explosifs avaient été découverts en septembre 1998 par la DNAT (Division nationale antiterroriste) alors dirigée par Roger Marion.

Le 21 mars, Roger Marion a été placé par un juge d’instruction parisien sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mise en examen, a révélé mardi Le Parisien et a confirmé Me Emmanuel Mercinier-Pantalacci, avocat des deux plaignants.

Des fausses preuves placées chez les nationalistes ?

« Mes clients reprochent à Roger Marion d’avoir fait placer des explosifs sur leur domaine agricole ce qui a conduit à leur mise en examen pendant 18 ans sans jamais avoir été auditionnés », a déclaré l’avocat.

Ils se fondent notamment sur le témoignage d’un ancien gardien de leur domaine qui a affirmé, lors de plusieurs procès liés à l’assassinat du préfet Erignac, avoir été contraint de dissimuler ces explosifs par M. Marion et un responsable des renseignements généraux.

À l’époque, Roger Marion s’était lancé sur cette « piste agricole » en raison de liens supposés de syndicalistes corses avec le nationalisme armé, estimant que le préfet Claude Erignac aurait pu être assassiné pour s’être opposé au monde agricole. Dans ce volet de l’enquête, quelque 650 personnes ont été entendues, 350 placées en garde à vue et 42 mises en examen. Le véritable commando, objet d’une procédure distincte, avait été arrêté en 1999.

Les nationalistes blanchis

Le 30 juin 2016, une juge antiterroriste a prononcé un non-lieu général dans ce volet de l’enquête resté ouvert malgré l’arrestation et les condamnations définitives des membres du commando et d’Yvan Colonna.

En mars 2017, neuf personnes dont MM. Filidori et Serpentini, innocentées 18 ans après leur mise en examen, ont obtenu à Paris la condamnation de l’État pour « faute lourde »et le versement à chacune de 100 000 € de dommages et intérêts.

« L’État a fait appel et je vais plaider en septembre », a précisé Me Mercinier-Pantalacci.

 

Macron: l’assassinat du préfet Érignac «ne se justifie pas, ne se plaide pas»

Certains meurtres sont donc justifiables et susceptibles d être plaidés, d’autres non.

Mr Macron va-t-il proposer une réforme du code du code pénal et insérer une hierarchie de valeurs des vies humaines…

Une réforme de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, laquelle en son article 6 dispose que :

« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle…. »

Ci joint la lettre du batonnier  de  Bastia en réaction aux propos du président de la république

Application de la double peine

« Yvan Colonna est un détenu modèle. Il ne pose pas de problème. L’Administration pénitentiaire c’est l’administration pénitentiaire en Corse comme sur le continent et on peut particulièrement surveiller un détenu. Ceux qui sont discriminés, et je le redis, et humainement c’est inacceptable, c’est la famille. » Eric Dupont Moretti, avocat d’Yvan Colonna

https://www.nouvelobs.com/societe/20180207.OBS1828/corse-la-femme-d-yvan-colonna-interpelle-emmanuel-macron.html

https://www.nouvelobs.com/societe/20180207.OBS1828/corse-la-femme-d-yvan-colonna-interpelle-emmanuel-macron.html

https://blogs.mediapart.fr/gtk/blog/070218/detenu-modele

Yvan Colonna ne pourra pas être transféré en Corse : « Il fait l’objet d’un fantasme sécuritaire »

Pour Me Patrick Spinosi, l’avocat du « berger de Cargèse », aucun élément dans son comportement de détenu ne justifie qu’on lui interdise un transfert dans une prison Corse.

INTERVIEWYvan Colonna reste un détenu « particulièrement surveillé ». Le Conseil d’Etat a rejeté lundi un recours d’Yvan Colonna, condamné à la perpétuité pour l’assassinat en 1998 du préfet Claude Erignac, qui demandait la levée de son inscription sur le registre des détenus particulièrement signalés (DPS) nécessaire à tout transfert. L’assassin du préfet Erignac, détenu à Arles, ne pourra donc pas rejoindre la prison de Borgo, au sud de Bastia, comme il le souhaitait.

« Ce statut est normalement temporaire ». « Ce statut lui interdit de pouvoir être incarcéré en Corse où se situe sa famille. Et c’est la raison pour laquelle nous cherchions à le faire lever », a précisé mardi son avocat Me Patrick Spinosi, au micro de Patrick Cohen sur Europe 1. « Ce statut est normalement temporaire dans la loi et il doit pouvoir être réexaminé tous les ans. Or tous les ans, on vient lui dire qu’il doit rester DPS parce qu’il a été condamné pour avoir tué le préfet Erignac. Et c’est ce que nous avions contesté ».

Pas de raison de penser à un « risque d’évasion ». Selon l’avocat, aucun élément dans son comportement de détenu ne peut justifier ce statut, renouvelé de façon automatique depuis 2003 en raison des liens entre le prisonnier et la mouvance indépendantiste corse. « Lorsqu’il a été évalué il y a cinq ans, il a fait l’objet d’un contrôle en interne. Et l’administration pénitentiaire a estimé que ce risque était faible ou ordinaire », rappelle l’avocat.

« Il n’y aucune raison de penser qu’il y ait un quelconque risque d’évasion pour Yvan Colonna. Néanmoins, il fait l’objet d’un fantasme sécuritaire et nécessairement il doit être particulièrement signalé. Et, nécessairement, cela aboutit à ce qu’il ne puisse pas être incarcéré en Corse alors qu’il est maintenant libérable en 2021 et qu’il est donc normalement dans une logique de fin de peine et de rapprochement avec sa famille », déplore-t-il, ajoutant qu’il allait désormais saisir la Cour européenne des droits de l’homme, « car cette décision porte une atteinte disproportionnée à la vie familiale d’Yvan Colonna ».

Vers une solution politique ? Après la tentative juridique, il dit chercher également une solution « politique ». « Il y a eu des engagements pris par le gouvernement pour le rapprochement des détenus corses et nous allons explorer cette piste immédiatement », pointe Me Patrick Spinosi. « Ce statut de DPS c’est le garde des Sceaux qui en a la maîtrise. Du jour au lendemain, s’il le décide, il peut très bien demander le rapprochement d’Yvan Colonna en Corse et c’est ce que nous allons chercher à obtenir ».

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